Le TDAH et la technologie - TDAH Adulte

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L'utilisation d'outils technologiques dans le traitement du TDAH à l'âge adulte
(article publié dans la revue Psychologie Québec le l'OPQ, mars 2015)

Auteurs: Martin Pearson, D.Ps. & Chantal Tremblay, Ph.D.

    Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est une condition qui a longtemps été associée aux enfants. Ce n’est qu’au début des années 90 qu’on a commencé à évoquer la possibilité que ce trouble puisse perdurer à l’âge adulte (Barkley, R., 2005). Dans les faits, de 50 à 80 % des enfants présentant un TDAH auront toujours ce diagnostic une fois adulte. (Polanczyk, G. et al., 2007) C’est avec l’avènement du DSM 5 en 2013 que des critères diagnostics spécifiques aux adultes ont été élaborés. D’ailleurs, le nombre d’études scientifiques effectuées auprès de cette population est en croissance constante depuis la dernière décennie (sources PsychInfo, 2015). Klesser et coll. (2006) estiment la prévalence à 4,4 % du TDAH chez la population adulte. De ce nombre, plus de la moitié ignorerait en être atteint malgré la présence de comorbidité dans 67 % des cas. En effet, le TDAH s’accompagne très souvent de troubles anxieux (dans 47% des cas) et de l’humeur (38%) et occasionne des répercussions fonctionnelles importantes (Klesser et al., 2006). Klein, R.G. et al. (2012) dressent d’ailleurs un portrait sombre de l’évolution dite « naturelle » du TDAH (sans traitement) dans leur étude longitudinale effectuée sur 271 enfants durant une trentaine d’années. Les sujets de leur étude en comparaison à la population générale ont de moins bonnes conditions sociales, économiques, académiques et professionnelles. Les auteurs évoquent d’ailleurs l’importance d’un diagnostic et d’un traitement précoce du TDAH pour réduire l’impact fonctionnel de cette condition une fois adulte.

    Parmi les traitements possibles, il sera souvent judicieux d’associer la pharmacothérapie à la psychothérapie. La prise de psychostimulants est d’ailleurs le type de traitement le plus efficace pour le TDA/H (Seixas et al., 2012) et génère dans 75% des cas un effet bénéfique dès le premier essai (Barkley et al. 2010). De plus, la sécurité et l’efficacité des stimulants et non-stimulants dans le traitement à long terme du TDAH a maintes fois été démontrées (Fredriksen, M., & coll., 2013). Ce traitement réduirait le risque de toxicomanie à l’adolescence (Harstad et coll., 2014) et de démence à l’âge adulte avancé (Sinita, E. et al., 2014). Cependant, même avec un traitement pharmacologique optimal, certains symptômes et manifestations du TDAH vont demeurer (voir tableau 1) faisant ressortir l’importance d’ajouter une psychothérapie dont les objectifs tiennent compte de ces symptômes résiduels.



Tableau 1 : Amélioration fonctionnelle générale et effets résiduels lors d’un traitement pharmacologique optimal (Traduction libre du tableau de Dr. G. Farrelly & coll., 2013)


    Pour mieux en saisir l’importance, revenons à la compréhension du trouble.  Nommé en fonction de l’absence ou la présence de deux de ses manifestations (Attention et Hyperactivité), la compréhension du TDA/H aura avantage à être abordée, tant pour le thérapeute que pour le client, sous l’angle des difficultés de fonctionnement qui le sous-tend c’est-à-dire l’angle des fonctions exécutives (voir figure 1).



Figure 1 : Les fonctions exécutives (Source : Brown, T., 2014)


    Les fonctions exécutives sont complexes à définir.  Le thérapeute et le client peuvent se les représenter comme étant l’ensemble des processus cognitifs qui nous permettent d’adéquatement organiser et adapter nos comportements dirigés vers un but (Chevalier et al. 2006). Dans le traitement du TDA/H, le thérapeute a tout avantage à  ajouter à son évaluation initiale, l’appréciation du niveau de fonctionnement exécutif de son patient. Ce faisant, il en tient compte tant dans l’établissement de ses objectifs thérapeutiques que pour faciliter la compréhension du patient de ses propres difficultés. Aux objectifs thérapeutiques traditionnels l’adaptation de psychothérapie aux TDA/H adulte inclus l’évaluation des besoins de support aux fonctions exécutives les plus vulnérables et le choix des moyens pour le faire. Parmi ces moyens, le recours à différents outils technologiques peut s’avérer une solution très intéressante. (Ramsay et Rostain, 2015)

    L’utilisation d’outils technologiques en intervention est de plus en plus étudiée, mais demeure à ce jour un champ d’études en émergence (Arthanat, S. et al., 2013). Cependant, les aides mémoires (ex. liste de tâches, agenda, routine) pour des patients présentant des difficultés cognitives démontrent un large potentiel d’action (Boman, I.-L. et al., 2010). Par ailleurs, les applications électroniques ont ici un avantage sur des versions plus traditionnelles puisqu’elles interpellent l’utilisateur et en ce sens « amorce » l’action. L’aide de la technologie peut aussi se présenter sous la forme de certains crayons intelligents (Smart Pen), qui permettent l’enregistrement de cours, de conférences ou de réunions et d’associer les extraits sonores à la prise de notre graphique ce qui permet l’augmentation du niveau de compréhension chez les apprenants présentant des difficultés d’apprentissage (McCallum, E., & Schmitt, A. J., 2011; Schmitt, A. J., McCallum, E., Rubinic, D., & Hawkins, R.; 2011)).

    L’intégration de ces outils technologiques en intervention nécessite chez le praticien une bonne maîtrise de l’outil qu’il propose, mais également qu’il effectue un suivi constant auprès du client de manière à ce que la technologie soit bien intégrée à ses habitudes de vie (Lindstedt, H., & Umb-Carlsson, 2013). Le psychologue doit s’assurer de la pertinence pour le client de bénéficier de l’aide d’un tel outil. Pour ce faire, il doit tenir compte du niveau de difficultés éprouvées dans les différentes sphères de la vie de l’adulte présentant un TDAH mais également du niveau d’ouverture du client à l’utilisation des nouvelles technologies. Certaines appréhensions du client doivent également être prises en compte pour une meilleure réussite de l’implantation de ces technologies. Le thérapeute doit prendre le temps d’écouter les craintes et résistances du client à effectuer une transition vers des outils technologiques. Ramsay & Rostain (2015) proposent d’ailleurs certaines pistes de réflexion pour aider le client à mieux orienter son utilisation d’outils électroniques :

1. Identifier la raison pour laquelle vous utiliser l’outil électronique. Quelle est votre intention et pourquoi est-ce important pour vous ?
2. Déterminer les étapes ou actions que vous prendrez pour demeurer centrer sur votre tâche et utiliser votre outil électronique en accord avec cette tâche.
3. Qu’est-ce qui pourrait vous amener à dévier de votre tâche initiale ou l’interrompre ? Tentez de prédire ce qui pourrait nuire, lors de l’utilisation de votre outil électronique, à l’accomplissement de votre tâche.
4. Comment gérez-vous les distractions ? Créez un plan du type SI ... ALORS (SI je rencontre X difficulté, ALORS je vais la gérer en faisant y)  pour vous aider à mieux gérer ces distractions.

Nous vous proposons donc, à titre illustratif, certains outils pouvant faire partie du processus thérapeutique avec vos clients présentant un TDAH:

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Les applications disponibles sont nombreuses et se développent rapidement cependant, en plus de la contrainte technique, (iPhone/iPad; Androïd) le thérapeute doit aussi composer avec une disponibilité limitée d’applications francophones qui soient adaptées à la réalité du TDAH. Il est à souhaiter que le marché, stimulé par la demande, comble avec le temps cette lacune déplorable.

**Note : Les auteurs de cet article n’obtiennent aucune rétribution et n’entretiennent aucun lien d’aucune sorte avec les développeurs de ces applications.



Références

Arthanat Sajay, Christine Crutin et David Knotak. (2013). Comparative Observations of Learning Engagement by Students With Developmental Disabilities Using an iPad and Computer: A Pilot Study. Assistive Technology, 25, 204-213.

Barkley R. (2005). Attention-deficit hyperactivity disorder: a handbook for diagnosis and treatment. 3e éd. New York : Guilford Press. 744 p.

Barkley, R. A. , Murphy, K. R. & Fischer, M. (2010). ADHD in Adults: What the Science Says, New York: Guilford Publications, 489 p.

Boman, I.-L., Bartfai, Al, Borell, L., Tham, K. & Hemmingsson, H. (2010). Support in everyday activities with a home-based electronic memory aid for persons with memory impairments. Disability and rehabilitation: Assistive technology. 5 (5), 339-350.

Brown, T. (2014). Smart but Stuck: Emotions in Teens and Adults with ADHD. Jossey Bass Éditions: San Francisco. 288 p.

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